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Affaires Universitaires : La montée des études de la folie

le 20 juin 2016

[Affaires Universitaires] Une nouvelle discipline universitaire remet en question notre perception de ce que signifie être « sain d’esprit ». Au printemps dernier à l’Université Ryerson, Jijian Voronka a présenté devant 120 personnes une courte vidéo réalisée par une ancienne étudiante de son cours sur l’histoire de la folie. Intitulée A little slice-of-life video about madness and why a girl isn’t looking for the light at the end of the tunnel , cette vidéo montrait l’étudiante en train de sombrer dans l’épuisement. À la fin de la projection, le silence régnait.

Chargée de cours à la School of Disability Studies de l’Université Ryerson et candidate au doctorat à l’Institut des études pédagogiques de l’Université de Toronto, Mme Voronka ne voulait pas que l’audi-toire considère le cas de l’étudiante comme « pathologique ». L’exposé de Mme Voronka et de deux de ses collègues s’inscrivait plutôt dans une série axée sur la diversité intitulée « Making Mad Studies » à l’Université
Ryerson.

L’étude de la folie est un domaine interdisciplinaire émergent principalement rattaché aux sciences humaines, qui véhicule une perception radicalement nouvelle de la folie. Mme Voronka traite fréquemment de l’étude de la folie devant des universitaires et des professionnels. Elle s’attend chaque fois à ce que la majorité de l’auditoire soit prisonnier de 150 ans de préjugés sur la folie issus de la psychiatrie, ou, comme dit l’une de ses collègues, obsédé par le « sanisme ».

Au terme de l’intervention de Mme Voronka, Jennifer Poole, professeure agrégée à la School of Social Work de l’Université Ryerson, a proposé la définition suivante du « sanisme » : « Un système de valeurs selon lequel il est admissible de s’en prendre aux fous, de les rejeter, de les discréditer et de les violenter. Le “sanisme” est une forme d’oppression, et la cause de la stigmatisation. Il peut se manifester en dépit des meilleures intentions. »

L’étude de la folie repose sur un principe simple : écouter les fous et envisager la folie de leur point de vue. Il y a plus de 10 ans, la School of Disability Studies de l’Université Ryerson et le programme de maîtrise et de doctorat en études critiques sur la situation des personnes handicapées de l’Université York ont été les premiers à proposer de telles études. Elles ne font pas encore l’objet d’un programme, mais d’une série de cours destinés à déconstruire les notions de schizophrénie, de psychose et de folie, et à les situer dans un contexte historique. On y examine les diverses perceptions de la folie à la lumière des facteurs sociétaux, médicaux, politiques, économiques et culturels qui les ont influencées depuis l’Antiquité.

Source Affaires Universitaires