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Idée Théâtre : "Nuit d'enfer !" par Annie Menonville

le 29 juin 2017

[Clicanoo] Diagnostiquée bipolaire à 30 ans, Annie Menonville se raconte sur scène au travers d’un one woman show, « Nuit d’enfer ! ». Sillonnant les départements français pour parler de sa maladie, la quinquagénaire aimerait se produire à La Réunion.

Grâce à son spectacle, elle explique au monde sa pathologie et la difficulté de la vivre au quotidien. C’est à l’âge de 30 ans, lors d’une crise maniaque que sa vie bascule. « À l’époque, j’avais des problèmes dans mon travail et mon médecin généraliste me traitait pour dépression. C’est, hélas, l’erreur que font beaucoup de médecins généralistes. Il ne faut surtout pas prendre d’antidépresseurs lorsqu’on est bipolaire à tendance maniaque, ce qui est mon cas, car le cerveau est chamboulé. Nous étions donc en vacances avec ma famille dans le sud de la France et j’ai commencé à plonger dans un délire paranoïaque sans crier gare. Je me suis enfuie à pied. J’ai disparu deux heures. Je ne me souviens plus vraiment de ce qui s’est passé. Lorsque mon mari m’a retrouvée, il m’a enfermée dans un hôpital psychiatrique », relate la conférencière.

Là, le diagnostic tombe. Annie Menonville est bipolaire. « Je pense présenter des symptômes depuis mes quinze ans. Je ne m’en rendais pas compte alors. Je croyais simplement être hyperactive, mais, au fil des années, c’est devenu pathologique. Je passais du coq à l’âne dans les conversations, j’avais beaucoup de sautes d’humeur et des insomnies. Je traversais beaucoup de phases euphoriques où je me sentais la reine du monde, raconte-t-elle, je quittais la réalité, j’avais des hallucinations auditives et visuelles. J’étais en phase maniaque durant quatre mois, en phase dépressive les quatre autres mois et j’étais à nouveau “normale” durant quatre mois. Durant douze années, j’ai été hospitalisée une dizaine de fois en hôpitaux psychiatriques. Je n’étais pas du tout soutenue par mon mari. Je souffrais le martyr à l’intérieur. Je n’avançais pas. C’était atroce. J’avais des idées suicidaires. J’ai connu l’enfer dans la maladie. Je crevais sur mon canapé. Mon ex-mari jugeait très durement ma pathologie. Il me traitait même de “feignasse”, de “tarée”. Je me suis sentie très seule. Et mes enfants ont, hélas, beaucoup souffert de voir leur maman dans cet état ».

Nouveau départ

Il y a huit ans, Annie Menonville change de vie. Elle divorce de son mari et rencontre alors le grand amour. Il aura également fallu qu’elle affronte ses vieux démons et qu’elle apprenne à vivre avec son passé pour évoluer. « Durant plus de 23 ans, j’ai gardé un secret après un choc psychologique. Et c’est ce qui m’a tuée. À partir du moment où j’ai pu en parler, je me suis libérée petit à petit de ce poids. J’ai pardonné à ceux qui m’avaient fait du mal, confie la quinquagénaire. Cela fait huit ans que je ne suis plus du tout hospitalisée. Je ne présente plus d’état maniaque. En revanche, je fais toujours des crises d’hypomanie (forme atténuée de la manie, ndlr), malgré mon traitement, car il suffit d’une émotion trop forte à gérer pour déclencher une crise. Heureusement, la personne qui partage ma vie me soutient énormément. Elle m’aime comme que je suis. Elle m’apporte beaucoup de tendresse et on communique beaucoup pour pouvoir évacuer tout ce qui se passe dans ma tête au quotidien. Les crises d’hypomanie sont moins violentes et ne durent que trois semaines à peine. Tout commence par une obsession, par un projet. Tout est normal jusqu’à ce que le projet prenne des proportions incommensurables. Nos émotions sont décuplées par rapport à une personne “normale”. Au final, je ne suis plus moi-même. J’ai l’impression que la télé me parle. J’entends des voix. Je vois des choses qui n’existent pas ».

Se reconstruire dans le partage

Lors de ses séjours en hôpital psychiatrique, Annie Menonville s’est investie auprès des ados qu’elle rencontrait. Elle recueillait leurs témoignages sur des thématiques différentes. Elle en a d’ailleurs fait un recueil de plusieurs petits textes, “A tous ces adolescents qui souffrent en silence”. « Je voulais traiter de sujets qui m’intéressaient. Je parle d’alcool, de viol, de maladie, de la cité, de drogue, de boulimie, d’homosexualité, mais toujours avec une note d’espoir. C’est un livre que parents et adolescents devraient lire », affirme-t-elle. L’espoir, c’est ce qu’Annie Menonville veut porter aux jeunes et aux personnes qui souffrent. « Je me connais de mieux en mieux et je connais la maladie. Je sens quand la crise monte et j’adapte mon traitement en fonction. Je suis plus sereine. J’ai pris conscience de cette force en moi. Et chaque personne possède cette force en elle. Mais, il faut aller la chercher. Il faut se bagarrer. Mon spectacle conférence est une tragi-comédie. Je me moque de moi-même dans mes états de crise pour expliquer la maladie ».

Source Clicanoo