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Inserm : Les difficultés psychologiques des enfants qui grandissent sans domicile

le 28 octobre 2016

[Inserm] Les enfants qui vivent sans domicile et sont hébergés avec leur famille dans des centres d’urgence ou à l’hôtel, présentent davantage de troubles psychologiques que les autres. Une étude de l’Observatoire du Samu social à laquelle a participé l’Inserm, fait le point sur ces risques et les facteurs associés.

Les enfants sans domicile sont nettement plus à risque de troubles mentaux que les autres. Si ce constat peut paraître logique de prime abord, compte tenu de leurs conditions de vie précaires et difficiles, une étude de l’Observatoire du Samu social à laquelle a participé une équipe Inserm (étude ENFAMS) a le mérite de faire le point sur ces risques et d’identifier plusieurs facteurs associés.

Cette étude se fonde sur une enquête menée en 2013 auprès de 801 familles sans logement en Île de France, représentatives de cette population. Concrètement, ces familles avaient passé la nuit précédant l’enquête dans un logement transitoire, le plus souvent un hôtel, dans l’attente d’un relogement. La majorité de ces personnes étaient migrantes et ne parlaient pas français, 93% vivaient sous le seuil de pauvreté avec un taux de chômage de 79%. Pourtant, près de la moitié des parents interrogés avait fait des études supérieures et le taux de scolarisation était élevé, avec 89% des enfants allant à l’école.

Pour chaque famille, un enquêteur et un psychologue bilingues ont interrogés la mère (ou, en son absence, le père), et un enfant âgé de 6 à 13 ans. Les questions portaient sur leur santé physique et mentale, leurs conditions de vie, la façon dont ils les percevaient. En parallèle le psychologue a effectué une évaluation psychologique des enfants, notamment à partir du questionnaire SDQ (Strengths and Difficulties Questionnaire ). Celui-ci a permis d’établir un score de difficultés psychologiques, à partir de 25 items explorant différentes dimensions : problèmes émotionnels, troubles du comportement, hyperactivité et inattention ou encore relations sociales difficiles.

Une santé mentale plus fragile qu’en population générale

Les résultats montrent que 28,3% des enfants rencontrent des problèmes émotionnels (anxiété, tristesse…) et 23,4% des troubles du comportement comme de l’agressivité, de la violence. Par ailleurs 17,7% présentent des symptômes d’hyperactivité et d’inattention et 10,7% des problèmes relationnels. Au final le score SDQ moyen de ces enfants est bien supérieur à celui trouvé au même âge en population générale.

En outre, les auteurs ont constaté que certains facteurs étaient fortement associés au risque de troubles psychologiques. Les enfants les plus vulnérables étaient ceux issus de familles provenant d’Afrique sub-saharienne, ceux ayant une mère dépressive ou malade, ceux qui n’aimaient pas leur lieu d’hébergement ou encore ceux sujets à des moqueries ou du harcèlement à l’école.

Il est "difficile de savoir si les troubles psychiques des enfants viennent de ces difficultés, ou du fait de ne pas avoir de domicile. Néanmoins ces facteurs sont pour la plupart associés aux conditions de vie précaires. De plus, l’enquête montre que l’environnement social des enfants influe sur leur état psychologique, comme le révèle l’association trouvée avec le fait d’être victime de moqueries à l’école ", explique Maria Melchior*, responsable de ces travaux.

Ces constats permettent de tirer la sonnette d’alarme sur la santé de ces enfants. "Ces personnes sont le plus souvent en marge du système de soins pour des raisons de précarité, d’éloignement, de barrière linguistique… Les structures spécifiques qui leur sont proposées gratuitement, comme les centres de protection maternelle et infantile, sont une aide pour la santé physique. Mais elles n’évaluent pas toujours la santé mentale des enfants et rarement celle de leurs parents. Or, les troubles psychologiques pendant l’enfance augmentent le risque de décrochage scolaire, de désinsertion précoce, ou encore de problèmes psychiatriques à l’âge adulte. Il y a donc urgence à mieux prendre en charge ces enfants, à titre individuel mais aussi pour la collectivité ", conclut Maria Melchior.

Source Inserm