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La vie des idées : "Classés schizos", par Laure Murat

le 15 octobre 2018

Être étiqueté « schizophrène » équivalait au XXe siècle à une condamnation à vie. Une étude fondée sur les dossiers des patients montre que les schizophrènes ont souffert de leur maladie, mais aussi des préjugés idéologiques et de l’obsession classificatoire de leur époque.

Rares sont les livres au titre et sous-titre aussi explicites. Le propos d’Hervé Guillemain, spécialiste d’une histoire culturelle et sociale de la psychiatrie, y réside tout entier. Schizophrènes au XXe siècle  indique qu’il s’agit non pas d’une histoire de la schizophrénie, d’une maladie dans ses symptômes et son évolution, mais des patients étiquetés schizophrènes.

Des effets secondaires de l’histoire  suggère d’emblée une interprétation de leur condition : objets de l’obsession classificatoire de la science, les schizophrènes seraient surtout les victimes des dommages politiques collatéraux de l’époque. L’image de couverture, figurant un patient à la mine mélancolique graphiquement enfermé dans une ampoule, achève de circonscrire le sujet – la schizophrénie comme construction et enfermement idéologique du XXe siècle.

L’invention de la schizophrénie

Dès l’introduction, Hervé Guillemain s’explique sur ses choix. « S’il n’est ni un procès à charge contre LA psychiatrie […], ni un monument dédié aux victimes méconnues de la science […], ce livre se classe indéniablement dans la catégorie des observations circonspectes du processus classificatoire. » La schizophrénie, nouvelle manière de nommer un mal tentaculaire et proprement incernable, ne serait-elle pas plutôt un miroir des soubresauts politiques de l’histoire ? Si la réponse est incluse dans la question, le résultat de l’enquête, fondée sur un seul matériau – les archives et les dossiers des patients à travers la France –, est passionnant.

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