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Le Monde : Les patients enseignants, une révolution dans la formation des médecins

le 16 septembre 2016

[Le Monde] Pour Olivia Gross, Yannick Ruelle et Rémi Gagnayre, chercheurs et enseignants à l’UFR santé, médecine et biologie humaine de Bobigny (université Paris-XIII), les patients ont un rôle à jouer dans la formation des futurs médecins.

Les patients ont fait du chemin depuis un temps pas si ancien où leurs symptômes étaient exhibés dans les amphithéâtres des universités par de savants professeurs devant des étudiants au mieux indifférents à leur ressenti, au pire hilares. Aujourd’hui, si les patients reprennent le chemin des facultés, ce n’est plus pour faire voir leurs symptômes mais pour y être enseignants.

Apprendre des patients n’est pas nouveau, puisque c’est en cheminant à leur côté que les médecins acquièrent leur expérience , mais les savoirs délivrés par des patients enseignants sont d’un autre ordre.

Vivre avec la maladie, une source de connaissances

Pour comprendre ce changement significatif et l’intérêt des médecins pour les savoirs des patients, il faut se tourner vers l’Union européenne et en particulier vers les pays anglo-saxons. L’Union européenne incite ses États-membres, dans la lignée de recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à augmenter le pouvoir d’action des patients et à mener des actions de santé centrées sur leur expérience.

Différentes orientations programmatiques visent ainsi à accroître la participation des patients aux mesures qui les concernent. Ces incitations reposent sur le postulat que la vie avec la maladie et l’expérience du système de soins sont des sources de connaissances à explorer pour améliorer la qualité des soins et, in fine, l’efficience du système de santé. L’analyse de leurs expériences (dont celle des besoins ressentis) est donc de plus en plus utilisée afin de définir les nouvelles orientations sanitaires.

L’Agence européenne des médicaments, par exemple, intègre des patients dans toutes ses commissions, tout au long du processus de développement des médicaments, des pré-soumissions jusqu’aux études de pharmacovigilance. Dans la même lignée, les scientifiques sont progressivement incités à collaborer avec les patients pour que les recherches menées soient plus en adéquation avec les attentes des malades. Ainsi, au Royaume-Uni, 60% des recherches publiques en santé impliquent des patients dans leur conception et dans les étapes de leur mise en œuvre.

Source Le Monde