Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Comment agir > Entretien : Quand les psychiatres sortent de leur cabinet

Entretien : Quand les psychiatres sortent de leur cabinet

le 10 novembre 2017

Faire de la psychiatrie auprès des publics les plus précaires, en allant vers les patients et en prenant vraiment le temps avec chacun d’entre eux. Un rêve inaccessible ? Pas pour les Equipes Mobile Psychiatrie-Précarité (EMPP). Rencontre avec le Dr Eve Le Blanc, psychiatre à l’hôpital Paul-Guiraud au sud de Paris, qui en coordonne une dans les Hauts-de-Seine.

What’s up Doc. Expliquez-nous ce que sont les EMPP…

Eve Le Blanc. Ce sont des équipes de psychiatrie qui s’adressent aux gens qui sont en situation de précarité au sens large : SDF, migrants, personnes en hébergement d’urgence, expulsées ou en voie d’expulsion… C’est un public qui peut être dans le déni ou dans la survie : leurs problématiques psy ne sont pas leur priorité. A la différence de la psychiatrie classique, nous ne travaillons donc qu’avec la non-demande, ce qui pose en permanence des questions éthiques. Il y a tout un travail « d’apprivoisement » à faire, comme dans Le Petit Prince .

WUD. Que faites-vous avec ce public particulier ?

ELB. Il y a trois axes. D’abord auprès des patients : les rencontrer, faire une évaluation, éventuellement porter un diagnostic, puis les orienter vers les soins et passer le relai au secteur et au CMP (Centre médico-psychologique, ndlr ). Nous avons aussi un volet de soutien aux intervenants de première ligne : assistantes sociales, mairies, bailleurs sociaux, foyers de migrants… C’est un travail d’expertise et de mise en réseau. Enfin, nous proposons à nos partenaires des formations à la carte sur des problématiques psy qu’ils rencontrent.

WUD. A quoi ressemble votre équipe ?

ELB. En plus de moi, il y a deux psychologues, une infirmière, un éducateur spécialisé et un mi-temps de secrétaire.

WUD. Comment rencontrez-vous les patients ?

ELB. Certaines EMPP font des maraudes, mais nous avons fait le choix de travailler en binôme avec le partenaire qui nous interpelle à propos d’un usager. C’est pour nous important d’avoir ce lien fort avec les travailleurs sociaux, et de pouvoir rencontrer les patients avec eux, dans un endroit neutre où ils sont déjà en confiance, avant d’engager notre prise en charge.

WUD. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

ELB. En premier lieu, l'abord holistique du patient, dans toute la complexité de sa situation, en tenant compte de son environnement réel, avec humilité et confiance dans ses capacités de restauration. Je trouve également passionnant ce rôle de passerelle avec le monde du social et du médico-social. Et le travail avec la non-demande, les questions éthiques qu’il pose, tout cela est très stimulant.

Source What's Up Doc