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Article : Un psychiatre virtuel qui diagnostique des troubles dépressifs

le 23 mars 2017

[Sciences et Avenir] Un médecin bordelais affirme avoir créé le premier humain virtuel capable de mener un entretien pour diagnostiquer des troubles dépressifs. Les premiers résultats sont encourageants.

Applis pour nous aider à surmonter un coup de blues, agents conversationnels de type "Siri" et "Google now" pour répondre à nos questions médicales... De mieux en mieux adaptés, ces outils répondent encore mal aux questions ayant trait à la maladie psychique : "des études montrent qu'ils apportent des réponses limitées qui ne correspondent pas aux attentes des patients en souffrance" , explique dans un communiqué Pierre Philip, praticien hospitalier au CHU de Bordeaux et directeur de l'unité Sanpsy (sommeil - addiction - neuropsychiatrie) au CNRS. Persuadé qu'il manque notamment à ces outils numériques des interactions empathiques, ce médecin travaille au développement d'humains virtuels bien acceptés par les patients pour diagnostiquer addiction à l'alcool, troubles du sommeil et... troubles mentaux tels que la dépression.

Un humain virtuel qui diagnostique les troubles dépressifs les plus sévères

Avec ses collègues du laboratoire Sanpsy, Pierre Philip a développé ce qu'il présente comme le premier humain virtuel capable de conduire un entretien clinique pour diagnostiquer des troubles dépressifs, explique-t-il dans la revue Scientific Reports . Pour ce faire, il a fallu "dessiner" cet agent conversationnel animé (une psychiatre nommée Julia), lui créer un visage, une voix, lui faire adopter des gestes et des mimiques par la technique de capture des mouvements (motion capture) . "L'entretien entre cet humain virtuel et le patient est construit à partir d'un référentiel médical validé (ndlr : basé sur le DSM-5, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux créé par l'Association Américaine de Psychiatrie), enrichi par des tournures de phrases et des interactions gestuelles et faciales renforçant l'engagement du patient dans l'échange", explique Pierre Philip. Au total, 179 patients (âge moyen : 46 ans) recrutés pour l'étude ont eu droit à une consultation avec cette "intelligence artificielle" (voir la vidéo ci-dessous) et un entretien avec un médecin réel, dans un ordre aléatoire.

L'objectif : assurer un suivi médical de qualité au domicile du patient

Pour le "vrai" psychiatre, 35 volontaires souffrent de symptômes dépressifs : 14 de troubles "légers", 12 de symptômes modérés et 9 présentent une dépression sévère. Quant à l''intelligence artificielle, elle en a identifié 17. "La capacité diagnostique de cet outil augmente en fonction du niveau de sévérité des symptômes dépressifs" , explique Pierre Philip. Des performances satisfaisantes mais qui n'égalent pas celles du médecin, plus fiable pour diagnostiquer des symptômes légers. "L'enjeu n'est pas de remplacer le médecin mais d'assister ce dernier pour diagnostiquer plus rapidement des patients non identifiés comme dépressifs et possiblement, dans le futur, d'assurer un suivi médical de qualité au domicile du patient" , ajoute le spécialiste. Même si l'entretien avec ce drôle de psychiatre, à la voix de synthèse et aux mouvements peu naturels, peut paraître "froid" de prime abord, il s'avère bien accepté par les patients, montre cette étude, soulignant "un score d'acceptabilité de 25,4/30 de la part des patients" .

 

Source Sciences et Avenir