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Psychiatrie : pour une charte éthique des outils web destinés aux patients

le 6 novembre 2017

Le psychiatre Christophe Debien a appelé à la rédaction d'une charte éthique, puis à une labélisation des outils internet axés sur la santé mentale et la psychiatrie, destinés au grand public, jeudi lors de la journée psychiatrie et santé mentale de la Fédération hospitalière de France (FHF), organisée à Paris sur le thème de l'innovation.

Lors de son intervention, Christophe Debien a d'abord listé un certain nombre de types d'outils web, notamment sur la prévention du suicide et la prévention de la récidive suicidaire, sa spécialité. Pour rappel, il est l'un des membres de la cellule de coordination du dispositif VigilanS, développé au CHU de Lille.

Il a d'abord cité les sites internet, louant Psycom , "une source d'information très importante, à la fois pour les professionnels et pour les usagers".
"Mais nos patients vont sur quel site?", a-t-il interrogé. Sur Doctissimo, où "il y a une partie éditoriale qui est très bien faite". "Mais ce n'est pas cette partie-là que les patients viennent voir", ils consultent les forums. Et "ce qu'il y a sur la santé mentale sur cette partie qui est très peu voire mal modérée, c'est hallucinant", s'est-il exclamé.
"Il y a vraiment une responsabilité sur ce qu'on met sur internet", a-t-il admis, reconnaissant l'absence de psychiatre sur le site. "Est-ce qu'on est dans le comité éditorial de Doctissimo ? Est-ce qu'on a émis des recommandations ? A ma connaissance, non..."

Deuxième type d'outil cité, les blogs, plus "interactifs et dynamiques". Christophe Debien a regretté que le "look" de celui de SOS Amitié ne soit pas adapté aux 15-25 ans et évoqué à l'inverse un blog américain au stylisme plus adéquat, basé sur le design des Anonymous, et derrière lequel se cache un dispositif qu'il a loué. D'abord, un robot fait un premier tri, grâce à différents critères et en temps réel, des messages particulièrement inquiétants, que "80 bénévoles formés" gèrent ensuite, et renvoient les auteurs, si besoin, vers "un dispositif de soins". "C'est gagnant pour tout le monde ; moi en tant que dispositif de soins, cela me permet de n'avoir que des sujets qui ont besoin de soins", a-t-il jugé.

Quant aux réseaux sociaux, ils sont "très ambivalents", a-t-il assuré, "notamment Facebook, qui propose, si vous avez des idées suicidaires, des numéros de téléphone... aux Etats-Unis, ou qui vous conseille d'aller voir les nuages pour vous détendre...".
"Mais surtout", a-t-il prévenu, "les jeunes ne sont ni sur Facebook ni sur Twitter. Ils sont sur Snapchat. Et sur Snapchat, il n'y a rien" en matière de prévention.

Les serious games, "enjeu de demain"

Christophe Debien a ensuite parlé du courrier électronique. "Les Samaritans, qui sont à mon avis à l'origine de la prévention du suicide dans le monde et qui ont donné [naissance] historiquement chez nous à SOS Amitié, montrent l'exemple depuis des années", a-t-il assuré. "Ils ont un service d'e-mail, ce qui n'est pas très compliqué [à déployer] dans nos structures, dans nos CMP [centres médico-psychologiques], à condition de se poser les bonnes questions éthiques, déontologiques et réglementaires".

Il a expliqué que dans le dispositif VigilanS, "on a une adresse mail sur laquelle les professionnels et les patients peuvent nous écrire. Il y a un message d'alerte automatique qui dit que c'est ouvert de 9h à 18h et qu'en dehors de ça, il faut appeler le 15. Et on s'engage à répondre à ces mails dans les 24h. Evidemment on ne traite pas l'urgence".
Autre outil, les serious games qui sont selon lui "un des enjeux de demain". "Ils ne sont pas développés, pour la plupart, par des équipes de psychiatrie", a-t-il remarqué, expliquant que "ce sont des jeux pour transmettre des informations de type éducation thérapeutique".

Il a notamment évoqué un jeu intitulé "Another day in depression", créé par un programmateur lui-même marqué par la dépression, basé sur le ralentissement psychomoteur provoqué par la maladie, où "sortir du lit demande une heure de jeu".

Source Blog Infosuicide.org