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Article : Être moche à en crever, avec les malades atteints de dysmorphophobie

le 9 décembre 2016

[Vice] À l'âge de 26 ans, Natalie s'est essayée à la comédie. Après une série d'auditions infructueuses, elle a malheureusement commencé à perdre confiance. « Je rejetais la faute de mes échecs sur mon apparence, se rappelle-t-elle. J'ai commencé à me sentir horrible. Je détestais toutes les parties de mon corps – mes hanches, mes cheveux, mon teint, ma taille. C'était atroce. » À mesure que de telles pensées se faisaient de plus en plus présentes, Natalie est devenue obnubilée par ses défauts.

Elle a alors commencé à éprouver un vif sentiment d'angoisse. À chaque fois qu'elle sortait de chez elle, elle s'habillait avec des pantalons larges et essayait de masquer son visage. « J'étais persuadée que les autres avaient la même opinion que moi sur mon apparence, explique-t-elle. J'en suis arrivée au point où je voulais me suicider. Je me suis dit : ''Je suis dépressive, je déteste mon corps. Je dois voir un docteur. Si ça ne marche pas, il n'y aura rien qui pourra marcher. Je ne suis pas assez jolie pour vivre.'' »

À ce moment-là, Natalie a appelé une ligne téléphonique pour les suicidaires : un opérateur lui a alors recommandé de consulter un psy. Peu de temps après, on lui diagnostiquait une dysmorphophobie – ou BDD pour Body Dysmorphic Disorder. D'après plusieurs études, près de 2 % de la population mondiale souffrirait de ce trouble. Dans de nombreux cas, le BDD peut mener jusqu'à une grave détresse émotionnelle, détresse rendant très difficile le maintien d'une vie sociale. On recense des comportements communs aux malades atteints de dysmorphophobie, à savoir l'acné excoriée, l'application excessive d'autobronzant, des troubles capillaires et un besoin constant d'être rassuré par les autres sur ses habits.

Même si les études ont démontré que le BDD touchait aussi bien les hommes que les femmes, les préoccupations diffèrent. Les femmes sont obsédées par leurs hanches, leur poids, leur peau. Elles tendent à camoufler leurs défauts apparents avec du maquillage. En ce qui concerne les hommes, ils se préoccupent davantage de leur masse musculaire (ce qui se traduit souvent par une dysmorphie musculaire), de leurs organes génitaux et de la perte de leurs cheveux. Dans certains cas plus extrêmes, les personnes atteintes de dysmorphophobie sont incapables de travailler, de se rendre à l'école, de se socialiser, de rencontrer des gens ou de marcher dans la rue – de peur d'être jugé ou ridiculisé par autrui à cause de leur apparence.

« Lorsque des gens atteints de BDD ont l'impression qu'aujourd'hui, ils sont plus beaux, alors le monde leur paraît plus sûr », m'a confié Scott Granet, directeur d'une clinique spécialisée située en Californie. « C'est l'une des choses dont je parle très souvent avec mes patients. D'une façon ou d'une autre, un BDD a à avoir avec le problème de la sécurité personnelle. Tous les efforts mis en œuvre par les malades pour paraître plus beaux sont souvent un moyen pour eux de se sentir en sécurité. »

Même si la dysmorphophobie pousse les malades à être obsédés par leur apparence, les experts assurent qu'il ne s'agit en aucun cas de superficialité. Ceux qui souffrent de BDD ont du mal à entretenir des relations et ont tendance à dissimuler une partie de leur corps qu'ils jugent difforme avec du maquillage ou des couches successives de vêtements – ce que l'on appelle un comportement sécuritaire. Ces rituels et ces comportements compulsifs sont extrêmement chronophages. « Ça n'a rien à voir avec l'orgueil, affirme Scott Granet. Il s'agit surtout d'une question de survie. La plupart des gens atteints ne cherchent pas à être parfaits – simplement sortables et assez beaux pour s'intégrer. »

Le docteur Ari Winograd, fondateur et directeur de la Los Angeles Body Dysmorphic Disorder & Body Image Clinic, est persuadé que les malades atteints de BDD ne souffrent pas seulement de ce besoin d'intégration mais aussi d'une honte profonde liée à leurs défauts. « Pour moi, la dysmorphophobie n'est pas un trouble entièrement lié à l'angoisse, affirme-t-il.

Source Vice