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Post de Blog : La santé mentale: un facteur à prendre en compte dans les stratégies mondiales de prévention

le 11 octobre 2017

Le Plan d’action mondial pour la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles 2013-2020 de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n’inclus pas les troubles de la santé mentale, alors qu’ils représentent un facteur de risque important pour la mortalité prématurée.

Les maladies non-transmissibles (ou « maladies chroniques ») sont la principale cause de décès à travers le monde et sont responsables d’une part importante de la mortalité précoce.  Etant majoritairement « évitables », elles représentent une priorité mondiale des agendas de santé publique. En effet, des plans récents d’action mondiaux ciblent les facteurs de risque des maladies chroniques « majeures » telles que les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies respiratoires chroniques, et le diabète. Par exemple, le « Plan d’action mondial pour la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles 2013-2020 » de l’OMS (plus communément appelé plan « 25 x 25 »), a pour but de réduire de 25 % le risque de décès prématuré imputable aux maladies chroniques d’ici 2025 en s’attaquant à sept facteurs de risque : le tabac, l’alcool, le manque d’activité physique, la consommation de sodium (sel), la pression artérielle, l’obésité et le diabète.

Un défaut de ce plan a récemment été souligné par Stringhini et collaborateurs : ce plan d’action ne prenait pas en compte le statut socio-économique. Pourtant, les résultats empiriques de Stringhini et al. démontraient l’importance de prendre en compte le statut socioéconomique dans les stratégies de réduction de maladies non-transmissibles telles que le plan 25×25 de l’OMS.  Ils ont trouvé, entre autre, qu’un faible statut socio-économique est associé à une réduction moyenne de 2,1 années de l’espérance de vie entre 40 et 85 ans, alors que le nombre d’années de vie perdues associé aux facteurs de risques « conventionnels » était de 0.5 pour une consommation élevée d’alcool, de 0.7 pour l’obésité, de 1.6 pour l’hypertension, de 2.4 pour l’inactivité physique, de 3.9 pour le diabète et de 4.8 pour le tabagisme.

Nous aimerions souligner le fait qu’il existe un deuxième facteur de risque qui devrait figurer dans une telle initiative : la santé mentale. Les problèmes de santé mentale, tels que la dépression, peuvent être considérés comme des maladies non-transmissibles et représentent un facteur de risque important pour la mortalité prématurée dans les pays industrialisés ainsi que dans les pays à faibles et moyens revenus. Ils sont non seulement liés à un risque de mortalité précoce dû au suicide, mais aussi à la combinaison des troubles de santé mentale et des problèmes de santé physique, tels que les maladies cardiovasculaires et le cancer. En effet, de plus en plus de résultats scientifiques améliorent notre compréhension des liens complexes et bidirectionnels entre la santé mentale et les maladies non-transmissibles les plus fréquemment ciblées. Par exemple, nous savons que la dépression est associée à certains comportements (e.g. l’abus et la dépendance à l’alcool et au tabac, une alimentation moins saine, la sédentarité, etc.) qui augmentent le risque d’autres maladies non-transmissibles (obésité, maladies cardio-vasculaires etc.) et qu’il existe d’autres mécanismes (e.g. anormalités liées au système de réponse au stress) qui peuvent sous-tendre le lien entre la dépression et les problèmes de santé physique. La dépression peut également affecter négativement le traitement des autres maladies non-transmissibles. C’est pour de telles raisons que plusieurs chercheurs font appel à une approche coordonnée qui a pour but de prévenir simultanément les maladies mentales et les maladies non-transmissibles « classiques », et d’inclure la santé mentale dans les stratégies mondiales de prévention.

Malheureusement, le poids du risque de mortalité attribuable aux problèmes de santé mentale tels que la dépression reste sous-estimé dans les études comparant les facteurs de risque de la mortalité, tel que le « Global Burden of Disease Study». Whiteford et ses collègues expliquent que, dans le cas de décès lié à des troubles de la santé mentale ou d’abus de substances, il est très commun que la cause officielle de décès soit un problème de santé physique.5 Peut-être que la difficulté à estimer avec précision les années de vie perdues (AVP ou « Years of Life Lost (YLL) ») dues aux problèmes de santé mentale et d’abus de substances contribue à l’exclusion des facteurs de risque tels que la dépression dans des stratégies visant la prévention de la mortalité prématurée due aux maladies non-transmissibles.

Cependant, la répercussion des problèmes de santé mentale et l’abus des substances est plus évidente quand ceux-ci sont mesurés par le nombre d’années vécues  avec une incapacité (AVCI ou « Years Living with a Disability  (YLD)  »). En effet, les problèmes de santé mentale peuvent avoir des conséquences considérables sur la qualité de vie et le statut socioéconomique des individus et leur famille. Mondialement, ils représentent la première cause de AVCI « ou YLD », (en grande partie attribuable à la dépression).

Source Blog So Epidemio