Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Paroles de... > Terrorisme : Marc Debrock, confidences d’un psychiatre

Terrorisme : Marc Debrock, confidences d’un psychiatre

le 22 septembre 2016

[Nord Éclair] Marc Debrock est psychiatre au sein de l’Établissement Public de Santé Mentale de l’agglomération lilloise. Il travaille depuis plus de 30 ans sur le territoire de Roubaix. Quelle place prend l’actualité liée aux actes terroristes dans ses consultations ?

Le centre médico-psychologique de Roubaix centre fait partie des quatre CMP présents sur le territoire de Roubaix et neuf communes limitrophes. Un territoire de 230 000 habitants qui rassemble 300 professionnels répartis entre les CMP, l’hôpital Bonnafé et la clinique du Nouveau monde spécialisée dans les troubles anxio-dépressifs. Sans oublier les urgences de l’hôpital Victor-Provo où l’Établissement Public de Santé Mentale (EPSM) assure une présence quotidienne.

Une population fragilisée

Le CMP de Roubaix centre accueille 1 500 personnes par an en consultation. Avec une majorité de demandes spontanées de la part d’une population que Marc Debrock connaît bien. «  Les crises économiques successives pèsent énormément sur la population qui se confronte dans le même temps aux évolutions de la société de consommation. On ressent aussi une perte de repères culturels et de modèle qui crée beaucoup de difficultés à être.  »

Si de plus en plus de jeunes poussent la porte du CMP, les 35-50 ans sont les plus en demande. Pour quelles pathologies ? «  Essentiellement des troubles anxio-dépressifs.  » Les troubles psychotiques sont moins prégnants mais représentent une part importante de l’activité du fait d’une prise en charge plus régulière.

Sur les 1 500 personnes accompagnées par le CMP, 90 % sont soignées en ambulatoire, 10 % nécessitent une hospitalisation.

Ces derniers mois, l’accueil enregistre une dizaine de nouvelles demandes spontanées par semaine. Pas de véritable corrélation avec le climat sécuritaire, selon le docteur Marc Debrock : «  Les gens ont sans doute moins peur de se rendre chez le psy et les troubles anxio-dépressifs sont repérés de plus en plus précocement.  » L’offre libérale reste très faible sur ce territoire où l’on recense moins de dix psychiatres ayant pignon sur rue contre une quarantaine à Lille pour le même nombre d’habitants.

Ces patients qui s'excusent

Les événements récents réveillent parfois d’anciens traumatismes chez les patients. Le docteur Marc Debrock pense notamment à cette dame qui a vécu à côté d’une prison française en Algérie quand elle était enfant : «  La présence accrue de militaires a fait ressurgir des choses en elle. »

Le thème de la religion est laissé à la discrétion du patient mais il s’invite plus souvent au cours des entretiens ces derniers mois : «  Certains patients de culture musulmane ressentent le besoin d’en parler et de s’excuser presque des événements.  »

Source Nord Éclair