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Article : Psychologie et empire, quand les colonisateurs chassaient les rêves

le 15 mars 2016

[Libération] Questions à Erik Linstrum, Assistant Professor à l’University of Virginia et spécialiste des relations entre sciences et domination impériale. Son dernier ouvrage Ruling Minds:  Psychology in the British Empire   vient d’être publié par Harvard University Press.

Pourquoi la psychologie ?

Les techniques qui ont contribué à la naissance de l’idée moderne d’esprit – les expériences en laboratoire, les tests mentaux et la psychanalyse – ont toutes été créées en l’espace de quelques années autour de 1900. Ce qui m’a frappé est que ces années marquaient également l’apogée, ou quasiment, de l’impérialisme européen à travers le monde. Je me suis donc intéressé à la relation entre ces deux phénomènes. Plus particulièrement, je me suis demandé si la psychologie a été utlisée comme un «outil impérial»renforçant la domination européenne autant en termes pratiques qu’en termes idéologiques de la même manière que l’anthropologie, la botanique, la médecine et d’autres sciences occidentales renforçaient la domination européenne. On a beaucoup écrit sur la psychiatrie dans les colonies britanniques et françaises ; depuis Folie et déraison  (1961) de Michel Foucault, l’asile a été vu à la fois comme un mécanisme de répression et comme une affirmation symbolique que certains groupes étaient plus rationaux, et donc plus civilisés, que d’autres. Mais à quelques exceptions près, les tests psychologiques moins spectaculaires et plus quotidiens, comme ceux visant à mesurer la perception, quantifier l’intelligence ou représenter les émotions et les attitudes ont été peu étudiés par les chercheurs. Est-ce que ces techniques ont également généré des connaissances utiles pour les dirigeants coloniaux ? La réponse que j’ai trouvée est étonnamment ambiguë.

Source Libération