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Canada : "Je suis une députée et je lutte contre la dépression"

le 6 octobre 2016

[Libéral] Partager son histoire personnelle et s’approprier celle-ci est important. M’approprier ma dépression est ma thérapie. Le fait d’en parler donne selon moi aux autres la permission de parler également de santé mentale.

En janvier et février de 2015, après avoir perdu une élection partielle fédérale, je ne voulais plus quitter mon lit. Rarement je me douchais, me lavais les cheveux, me brossais les dents ou sortais de la maison.

En janvier et février de 2016, les choses étaient différentes. J’avais un emploi. J’étais députée de Whitby et secrétaire parlementaire du premier ministre, pour l’amour du ciel! Quitter mon lit ne suffisait pas : je devais me doucher, me laver les cheveux et sortir de la maison.

C’était trop pour moi. Tellement qu’un jour, à la fin de février, j’ai abruptement déserté une réunion à laquelle je prenais part avec mes collègues du caucus. J’ai passé quelques heures à la salle d’urgence d’un hôpital d’Ottawa, puis j’ai regagné Whitby en train.

J’ai passé tout le trajet à sangloter sans pouvoir m’arrêter. Mon maquillage coulait sur mon visage et j’ai dû utiliser ma robe pour essuyer mon nez. Je n’étais pas belle à voir!

J’avais reçu un diagnostic de dépression au milieu de 2015, mais là, c’était autre chose. J’étais en train de perdre le contrôle et je ne savais pas quoi faire. Assise dans le train, je me suis demandé si quelqu’un allait m’aider, si quelqu’un voyait à quel point je souffrais.

À mon retour à la maison, je me sentais complètement perdue, comme si ma vie m’échappait.

Quelques appels téléphoniques plus tard (je tiens à remercier Don Stuss pour son écoute bienveillante), je me suis retrouvée dans un hôpital de Sunnybrook sous le nom d’emprunt de Lisa May, assise pendant six heures à côté d’un homme qui avait besoin de plus d’aide que moi, et d’une femme qui avait besoin de plus d’aide que cet homme.

Lorsque j’ai enfin vu un médecin – qui a immédiatement compris que je devais être hospitalisée –, aucun lit n’était disponible. Hélas! il n’est pas évident d’être un patient en santé mentale dans notre système de santé.

Les semaines et les mois qui ont suivi ont été ponctués d’une série de comportements erratiques, dont des courriels désagréables fréquents à mes collègues, des disputes constantes avec mon mari (sans oublier une série d’appels à un avocat spécialisé en divorce), une vie sociale limitée et l’effet yo-yo des médicaments.

Des médicaments pour l’humeur, pour la motivation et pour m’aider à dormir. Quelques-uns m’ont fait prendre du poids, d’autres m’ont donné la nausée, et d’autres n’ont tout simplement pas fonctionné.

Ma vie s’était transformée en un cauchemar sans fin. Je me demandais sans cesse : « Pourquoi maintenant? Pourquoi est-ce que ça m’arrive maintenant? Pourquoi ma vie s’écroule-t-elle maintenant? »

J’aurais dû être aux anges. J’avais un bon emploi, un mari et des enfants aimants, et de l’aide. Pourquoi alors cela m’arrivait-il? Je me sentais prise dans un profond trou noir. Peu importe les efforts que je déployais, le trou se creusait davantage. Il n’y avait pas d’issue. J’allais y être prisonnière pour toujours.

Source Libéral