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Russie : À l’hôpital psychiatrique de Tambov, une radio pas comme les autres

le 22 août 2016

[Le Courrier de Russie] Sur l’antenne de la station de radio de l’hôpital psychiatrique de Tambov, les patients sont DJ, auteurs et animateurs.

« J’ai parfois des idées de suicide, déclare Sacha en entamant son intervention dans l’émission du jour, consacrée aux suicides. C’est rare, mais ça arrive. Pourtant, je choisis la vie. » Sacha panique, il s’écarte du micro et fait non de la tête, semblant ne plus rien vouloir dire. Une infirmière, ignorant la pancarte qui indique : « Silence ! Enregistrement ! », jette un œil dans la pièce. Voyant les patients assis autour de la table, elle prend un air effrayé : « Oh, vous enregistrez ! Excusez-moi ! », et sort en claquant la porte. Roman approche la tête du micro : « La vie ? Vous n’avez pas idée de combien d’attaches je fixe à cet ascenseur pour qu’il ne s’effondre pas ! » À l’antenne, le silence règne, les participants de l’émission se regardent. « Et maintenant, place à la musique !, annonce l’animatrice. Du jazz ! »

« Autrefois, quand c’était le branle-bas de combat à mon travail, je me disais régulièrement : Je vais vraiment finir chez les fous, rue Moskovskaïa ! , confie en souriant Nina Koulaeva, mère d’un des patients de l’hôpital de psychiatrie clinique de Tambov. Et m’y voilà ! Les mots que nous prononçons ont de la force, tout de même ! »

27 rue Moskovskaïa : l’adresse est connue de tous les habitants de Tambov. Et quand il a fallu trouver un nom pour une station de radio émettant depuis ces murs, le choix a semblé évident : Moskovskaïa, 27. Mais les malades ont protesté : « Ne pourrait-on pas imaginer quelque chose de plus beau ? » Finalement, ils ont proposé « Reflet », après avoir décidé : « À l’antenne, nous reflèterons le monde d’une façon propre à nous seuls. »

Un « Reflet » qui n’existerait pas sans Nina Koulaeva. « Je voulais simplement exaucer le rêve de mon fils. Depuis qu’il est enfant, Igor désire travailler à la radio, il s’est toujours intéressé à la musique, aux techniques de production du son, il a même un diplôme de technicien-monteur d’appareils radio. Mais après, il est tombé malade, et a dû renoncer à son rêve. Bien sûr, je l’ai accompagné dans des radios locales, nous leur avons demandé qu’il l’embauche, même comme simple ouvrier, mais dès qu’ils apprenaient son problème, ils se contentaient de nous regarder en haussant les épaules : Trouble des fonctions psychiques ? Invalidité ? Mais vous plaisantez ? On ne peut pas faire baby-sitters pour votre fils ! Et nous nous fichons qu’il soit en capacité de travailler et que la loi lui en donne le droit. Allez, dehors ! »

C’est là que Nina Koulaeva s’est décidée : pourquoi ne pas lancer une radio au sein de l’hôpital psychiatrique où son fils était soigné ? Elle ne savait pas encore à l’époque, que ce genre de radios – animées par les malades mentaux – existaient dans des dizaines de pays du monde. Nina voulait simplement que son fils puisse se consacrer à sa passion.

Source Le Courrier de Russie